Qu'est-ce que tu dis?
Je ne comprends pas. Je lis, je relis et je n'aime pas cette amertume qui me vient.
J'ai des envies d'élever la voix.
MAIS QU'EST CE QUE TU DIS?
QUELLE LANGUE PARLES-TU?
...
Je ne te, nous, je reconnais pas dans ces mots. Là. Ici.
...
Je cherche à répondre. Des jours de puis.
Je scrute l'obscurité, je guette le lever du jour. Je fouille le silence. J'écoute les bourrasques. Je . Rien.
Comment répondre à une non question non posée dans une langue étrangère?
Qu'est ce que tu racontes?
QU'EST-CE QUE TU RACONTES?
TU LES AS MIS OU LES MURS? TU LES AS MIS OU?
J'ai vaguement tenté d'évoquer le fil tendu et les territoires occupés mais je ne parle qu'à moi-même. Comment pourrais-tu m'entendre?
Je me tourne. Me retourne. Me détourne.
Puis je pense au rituel.
Quand nous ne savions que dire. Quand nous n'étions encore ce corps.
Tu, je pose(s) une question.
Tu, je ouvre(s) un livre au hasard.
Le passage est la réponse.
Je te (re)lis. Ma voix est haute.
Lorsque le dernier mot se fracasse contre mon palais, j'ouvre le premier livre à portée de main et j'entends, sortir de ma bouche :
"Je lui tends les bras. Je cherche son corps. Elle s'évanouit. Une ombre qui lutte en vain dans l'ombre comme il est écrit. J'entends sa voix rauque me demander pardon. Pardon si tu es encore là, toi. Pardon si une exception est faite. Ou plusieurs fissures dans cette immense temporalité bloc. Quelques interstices par où je reverrais ta chair et le jour. Je ne peux rien te dire de plus. Rien faire de plus que ce que j'ai fait : devenir parfaitement réceptive à ce qui pourrait m'arriver. Renaître à chaque fois. Me refaire une naissance à chaque seconde de la vie. Rompre avec ma naissance de chair. Servir l'événement. Ton esclave de corps ton esclave de l'instant".
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