dimanche 30 janvier 2011

isorythmie

Nous marchons sur les traces enneigées de février. Nos pas sont déliés et textuels. Tu me devances pour capturer des regards. Je reste légèrement en retrait pour goûter ton sillage.
Nous déambulons. Les rues. Les pavés. Le pont. Les lampadaires importés d'un temps lointain.
Nous déambulons dans une carte que personne ne postera jamais.
Je pose ma joue, ici et là. Contre la brique. Contre le métal. Contre le gel.
Je cherche à m'assurer que rien ne me réveillera lorsque tu t'approcheras.

Mais nous n'en sommes pas encore là.

Frissonnants, transis nous pénétrons dans une taverne surchauffée. Il reste une petite table, près des toilettes. L'atmosphère est bruyante, presque moite mais rien ne nous importe sinon redécouvrir nos mains, gourmandes, avides l'une de l'autre lorsque nous ôterons nos gants.

Tu retires ta veste. Ton ventre jaillit. C'est le diable. Tu es la boîte.
Mon désir tressaille.
Déjà.
Je ravale. Je calme. Nous n'en sommes pas encore là.

A la table voisine, un couple ne se déchire pas. Elle parle sans discontinuer dans une langue qui nous échappe. Lui ne prend pas la peine de faire mine d'écouter. Elle se répand encore et encore. Quand il se lève pour enfoncer son ennui dans les portes battant l'effluve d'urine, elle ne le remarque pas tout de suite et continue seule à se déverser.

Nous sourions. Tu commandes un expresso serré serré, moi un latte.  Respectivement deux et quatre sucres.
Parfois nos regards se soutiennent et j'entends ton souffle se couper, ton coeur s'arythmer.

Tu laisses ton bras glisser le long de la banquette que je dis marron et toi verte.  Sans que j'aie le temps de bouger, ta main -infinie et vaste- remonte le long de mes bas.
Mes sens tempêtent. Tambourinent. Demande à sortir.  Je ne peux plus respirer. Te voilà vengé.

Un partout.



vendredi 28 janvier 2011

la fin d'une armure

Il faudrait que j'arrête de bouger.
Je pars en morceaux.

De partout, me fissure.
J'ai bien investi, dans quelques pansements, des pelletées de bons sentiments, du ciment de raisons, opté pour un revêtement étanche.
J'ai essayé de fixer des droites à mes courbes, j'ai senti les clous s'enfoncer, traverser la chair et espéré que la douleur me dirait.

Arrêter.

J'ai tenté d'éviter le vent, les flux, les flots.











En vain.

Je plie.
Je ploie.
Vers toi.

mercredi 19 janvier 2011


Je brûle 
d'un espace clos
Colmater les fenêtres, verrouiller les portes, se calfeutrer des sons extérieurs.
COUPER

Je veux 
un espace clos.
16 mètres carrés tout au plus.

Je veux 
pouvoir
même diamétralement opposée à toi
entendre ton souffle
se suspendre

Je veux 
percevoir 
les mots trancher l'air épais de leur intensité

Je veux
tourner
autour de mes sens
en
aiguisant les tiens

Et
à l'aube

je veux 
savoir
si nous sommes 
amants
ou
aimants






Dans une main un sens unique
Dans l'autre un sens interdit

Je ne suis ni verticale, ni horizontale

Je ne suis qu'une oblique
qui ne mène nulle part





dimanche 16 janvier 2011


Une île
Au bruit de mes pas, j'entends que nous sommes deux.
Quand cela a-t-il commencé?
Je ne sais plus. Plus avec précision. Plus avec une date. Plus avec une heure ou des minutes. Je sais seulement que c'était orangé et que le lait était au thé.

J'ai sans doute un peu lutté.
Un peu.
Juste un peu.

J'aurais du prendre peur, j'aurais du louvoyer, j'aurais du crier ou me taire.
J'aurais du tant de choses.
Je n'ai pu.


J'ai immédiatement aimé ce nouveau son, ce rythme.
Et puis, il y avait aussi, cette odeur qui me rappelait une saveur nocturne.
Je me suis retournée.
Je n'ai trouvé que mon ombre.

J'ai voulu partager des lieux, des humanités, des visages. Je t'ai laisser m'emboîter.
Je t'ai emmené, partout où j'allais.
Du haut mon ombre, tu as vu mes faiblesses, quelques débuts de larmes dans un bus, mes regards qui se détournent, un flux de désir me ronger le sang.
Du bas de mon ombre, tu as gouté à mes brefs instants de lumières.







Une après-midi, sous un pont, au creux d'un instant monochrome, je me suis tournée vers toi. Lentement. 
Tu n'as pas cherché à cacher tes mains, tendues vers moi, ni tes lèvres gorgées d'envie.
J'ai fermé les yeux.
Un peu par peur.
Un peu pour mieux (res)sentir si.
Et aussi pour te laisser le choix.

Tu as préféré m'épouser. En corps.
J'ai à peine deviné un frôlement.
Une chaleur se glissant contre mon échine entre moi et mon ombre.

Depuis, je te porte.
Là.
Tout contre moi.





mardi 11 janvier 2011

?

Comment savoir


si je t'empêche de rentrer
Ou
si je m'empêche de sortir


?

samedi 8 janvier 2011

Derme

Je ne pourrais dire aujourd'hui ce que la clarté de l'aube aurais pu me révéler.
Les yeux fermés.
Centrée sur la sensation.
J'écoutais les frémissements.


Y avait-il encore une porte, à ce moment-là, par laquelle s'enfuir?
Une fenêtre pour sauter?
Un trou à rat pour se terrer?
Comment le saurais-je?

L'envie de m'échapper m'avait quitté.

Tu as écouté. Les peurs vivantes. Les zones mortes.
Tu as observé. Les contours incertains. Les rondeurs certaines.
Tu as parcouru. Largement. Pour m'épargner la chute de la perte.




Le jour est venu.
Sans s'annoncer.


Dans l'obscurité de mon abandon.
Dans la finesse de tes gestes.
Dans l'ivresse des souffles gorgés de mots.
Je n'avais perçu que chacun de tes mouvements, minutieux, précis avaient patiemment pris soin de me retourner la peau.
 
Je suis partie.
Être de chair.
A l'envers.
A vue.
A vif.

A nu.













En sachant, déjà, qu'il me faudrait revenir.
Irréversiblement.

vendredi 7 janvier 2011

(...)

j'ai beau fouiller, retourner, explorer le moindre recoin de ma bouche, explorer chaque fragment de peau, creuser mes paumes, gratter sous les paupières, arracher à mes lèvres

je ne trouve
ce matin
que des points de suspension

à toi
à foison

jeudi 6 janvier 2011

La journée va s'égrainer. Lentement. Très. Trop.
Sans que l'on puisse en apercevoir le bout.
Sans être en mesure d'envisager une couleur.
En s'interdisant d'en concevoir le goût.

L'imagination tendue en vain. Conjectures inutiles. Rien ne dira. Rien ne filtrera.

Tu ne poseras d'hypothèse.
Je ne penserai perspectives.



Et le soir arrivera bien un jour.

lundi 3 janvier 2011

Souvent

Je t'aperçois derrière mes paupières.
Je m'installe.
Je ne fais pas partie du tableau.
Je ferme grand les yeux et je regarde.

 Dans un décors safrané, tu te rouges. Tu te peaux. Tu te lentes. Tu te trembles. Tu t' entrelaces. Tu de face. Tu de dos. Tu elles. Elles te. Tu tendres. Tu transportes. Tu précautionnes. Tu savoures. Tu aimes. Tu croques. Tu fruis. Tu sanguines. Tu recommences. Tu affectionnes. Tu admires. Tu lumines. Tu attends. Tu retiens. Tu sollicites. Tu tourmentes. Elles réclament. Tu inspires. Tu ouvres. Tu expires. Tu procures. Tu délectes.







Et puis, il y a quelques paupières de cela.
Je t'ai entendu murmurer :
"Je sais que tu es là. Non, ne bouge pas. 
Reste. Regarde. Observe. Prends. Récolte. Repais-toi de moi."

dimanche 2 janvier 2011